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  • Quando eu era adolescente .../ Quand j’étais adolescente ...

    Quando eu era adolescente, de tempos em tempos meu pai me chamava: "vamos passear de carro!" "Vamos!" Era como se uma fenda de luz se abrisse na parede de um quarto cinza, rompendo o escuro entediante do cômodo. Não era uma diversão em sentido óbvio. Muito menos adolescente. Era melhor: era uma ruptura do tédio com o tédio. Era uma espécie de hacker do tédio. Combater o tédio. Como? Fazendo nada. Indo a lugar nenhum. Muito cedo, aprendi a olhar para trás - antes mesmo de ter consciência de que esses caminhos percorridos eram o que chamamos de "passado" e o sentimento desencadeado por este ato de retorno, "nostalgia melancólica". Também muito cedo comecei a ter o reflexo de antecipar, de querer ter conhecimento da rota à minha frente. O excesso de antecipações, ansiedade. Ora, quando voluntariamente pegávamos a estrada para ir a lugar nenhum, era como se suspendêssemos passado e futuro. Pouco importava a estrada percorrida ou a estrada adiante. A única coisa que importava era sentir, sentir o percurso e as texturas que o molduravam como em um quadro impressionista: o vento, a música, o céu contingente, o movimento puro na noite fresca, os acontecimentos insólitos do caminho - mesmo os que eram particularmente desagradáveis aos sentidos. Por vezes, sentíamos o cheiro forte e nauseabundo do esgoto da cidade. Papai o chamava de "cheiro de caldo de bosta" e isso nos fazia chorar de rir. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Quand j’étais adolescente, de temps en temps, mon père m’appelait : « allez, allons nous balader en voiture ! » « Allez ! » C’était comme si un faisceau de lumière s’ouvrait dans le mur d’une chambre grise, rompant l’ombre ennuyeuse de la pièce. Ce n’était pas un divertissement au sens évident. Encore moins « adolescent ». C’était mieux : une rupture de l’ennui avec l’ennui. Une sorte de piratage de l’ennui. Combattre l’ennui. Comment ? En ne faisant rien. En n’allant nulle part. Très tôt, j’ai appris à regarder derrière moi - avant même d’avoir conscience que ces chemins parcourus étaient ce que l’on appelle « passé » et le sentiment déclenché par cet acte de retour : une « nostalgie mélancolique ».Très tôt aussi, j’ai commencé à avoir le réflexe d’anticiper, de vouloir connaître la route devant moi. L’excès d’anticipations, l’anxiété. Or, lorsqu’on prenait volontairement la route pour aller nulle part, c’était comme si l’on suspendait le passé et l’avenir. Peu importait la route parcourue ou la route devant nous. La seule chose qui importait était de sentir, de ressentir le parcours, les textures qui l’encadraient comme dans un tableau impressionniste : le vent, la musique, le ciel contingent, le mouvement pur dans la nuit fraîche, les événements insolites du chemin - même ceux qui étaient particulièrement désagréables aux sens. Parfois, on sentait l’odeur forte et nauséabonde de l’égout de la ville. Papa l’appelait « odeur de bouillon de caca » et cela nous faisait pleurer de rire. -Ecrit le 17 mai 2025. Luana Lins

  • Peu se lèvent pour voir le ciel ...

    Peu se lèvent pour voir le ciel avant le lever du soleil. Ceux qui le font connaissent les couleurs mûres des premières heures - et leurs douleurs. Les denières minutes d'Hier saluent l'Aurore. La Nuit accepte ce foulard lumineux comme un accessoire qui lui va bien - car la solitude est sombre et froide. Cet instant de résistance douce dessine dans le ciel les couleurs les plus silencieuses, les mouvements célestes les plus secrets. Emballée par cette peinture éphémère, je fais une photographie mentale : voici la Nuit, voici le Jour, je vous unis, je vous reconnais - vous êtes mon miroir. Et un rappel : je suis toujours là. ( Luana Lins, le 7 juin 2025 )

  • RUPTURE

    Je cherche partout une fissure fine mais profonde dans une chambre sombre ... Cette fissure qui m'a traversée toute la vie : elle n'est pas mon miroir ! Je veux la fermer, cette fissure, la coudre, bout à bout avec des lignes organiques : cheveux gris, muscles déchirés. Je veux me débarasser de la poussière du Passé. Je veux me libérer de la fumée lourde du Futur. Je veux tuer l'Ombre qui m'a appris à haïr tous les miroirs. Je veux enfoncer mes doigts lumineux dans ses entrailles. Je veux ouvrir toutes les portes des chapelles de l'Inconscient et, de mon encre écarlate, repeindre leurs plafond sacrés et m'en réjouir. ( Luana Lins, le 22 août 2025)

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